L'ECCLESIASTE
INTRODUCTION
L'Ecclésiaste est un livre qui n'a
pas vraiment d'équivalent dans la
Bible. Par plusieurs de ses aspects, il
est unique, même s'il s'inscrit
parfaitement dans la cohérence de la rélévation
divine.
Il fait partie de la section des
"Ecrits" (la première section
de la Bible hébraïque étant la Thora
et la seconde les Prophètes) à côté
des livres des Psaumes, des Proverbes,
du Cantique des Cantiques, de Job ...
mais il s'en distingue par son caractère
unique de "sagesse pessimiste".
Un tel genre littéraire existait
cependant déjà ailleurs dans l'orient
ancien (Egypte, Babylone, Grèce, Perse
...).
L'auteur
Des points de vue contradictoires ont
été émis quant à son auteur et à sa
date de composition. Pour les uns, il
s'agit nécessairement du roi Salomon,
fils de David. Pour d'autres, il
s'agirait d'un livre nettement postérieur.
Nous observerons quant à nous, que
beaucoup d'éléments dans le texte
lui-même évoquent ce grand roi d'Israël
qui a porté son peuple à l'apogée de
sa puissance (cp. 1.1,12) mais il faut
remarquer en même temps que Salomon
n'est pas nommé en tant que tel par le
livre et que l'auteur parle tantôt à
la première personne ("je" :
1.12 et beaucoup d'autres) tantôt à la
troisième personne, ("il"
1.1,2 ; 7.27 ; 8.14) comme s'il évoquait
la sagesse d'un autre que lui (Salomon)
auquel il fait référence et dont il
est le disciple. Ce serait ainsi la
sagesse de Salomon qu'il retransmet fidèlement.
La question d'auteur est moins
importante qu'il n'y paraît lorsqu'on
reconnaît la portée résolument
universelle du livre ... et que c'est
Dieu qui en est l'auteur réel,
utilisant la sagesse et la réflexion
d'un de ses enfants.
D'où vient le mot "Ecclésiaste"
Le terme est unique dans la Bible et
n'a pas d'équivalent exact dans la littérature
juive. Il est la traduction, via le grec,
de l'hébreu "Qahal" (ce qui
explique la transcription pure et simple
opérée par certaines versions qui
"traduisent" par le mot "Qohelet").
Ce mot hébreu évoque le rassemblement
ou le regroupement. Il est donc probable
que Qohelet soit un nom qui signifie
"celui qui réunit une assemblée
pour lui parler". Certaines
versions ont aussi traduit "le Maître".
L'objectif de l'Ecclésiaste
L'énigme qui entoure l'Ecclésiaste
ne vient pas seulement de son nom. Une
lecture rapide du livre nous amène à
constater bon nombre de contradictions
internes apparentes et des prises de
position changeantes.
Certains en ont conclu bien vite à
une pluralité d'auteurs qui se seraient
relus et corrigés successivement. Il
nous semble préférable de constater
que l'Ecclésiaste, prend tour à tour
deux regards différents dans son livre.
Le premier est celui de "Monsieur
tout le monde" qui réfléchit et
constate lucidement la réalité des
choses "sous le soleil"
(vision déstabilisante mais réaliste
de l'existence). Le second est celui du
croyant qui sait que Dieu donne sens à
la vie de celui qui tient compte de
lui(vision de foi).
La clé de l'interprétation du livre
est ainsi de voir que l'auteur se met à
la portée de son lecteur potentiel pour
l'amener à réfléchir sur le (non)
sens de sa vie et du monde en général,
afin de l'amener ensuite à Dieu.
Il est significatif que l'Ecclésiaste
n'utilise jamais dans son livre le nom
propre de Dieu ("Jahweh" le
Nom d'alliance de Dieu avec son peuple),
et que la mention d'Israël est réduite
au minimum (1.12). Idem pour "la
loi" de Dieu(12.13).
Avant l'apôtre Paul, lorsque
celui-ci s'adressera au monde païen de
son époque (Actes 17), l'Ecclésiaste
part des réalités humaines directement
observables par tout le monde pour
conduire progressivement notre réflexion
vers Dieu.
Le livre de l'Ecclésiaste est ainsi
un excellent outil à utiliser pour l'évangélisation,
afin d'amener les gens à prendre
conscience de la futilité de leur vie
si celle-ci n'est pas ancrée en Dieu.
Bien entendu, ce livre unique appelle
et prépare le message de l'Evangile,
qui est indispensable pour connaître
Dieu personnellement.
SUGGESTION POUR MIEUX PROFITER DE
L'ETUDE
Lire le livre de l'Ecclésiaste en
entier en repérant les mots et
expressions clés qu'il utilise le plus
couramment : "vanité" (34
fois), "sous le soleil" (30
fois) Dieu (38 fois) et aussi "coeur"
(30 fois) et "sage" ou "sagesse"
(une cinquantaine de fois).
Il est étonnant de repérer les
sections ou les deux premiers mots sont
les plus employés (vanité et sous le
soleil) et celles où "Dieu"
apparaît le plus souvent.
Vous pourrez mieux l'observer en
soulignant ces mots avec des crayons de
couleur différente.
Où trouver le bonheur ? (1.1 -
2.23)
Les différents plans du livre de
l'Ecclésiaste que les auteurs modernes
ont présentés ont bien de la peine à
se ressembler. C'est que, même si
l'Ecclésiaste suit une certaine
progression, il ne le fait pas à la
manière occidentale.
Plutôt donc que de forcer la pensée
de l'auteur en essayant de l'enfermer
dans un schéma qui lui était étranger,
nous allons suivre sa pensée au fur et
à mesure de son texte.
L'ECHEC DE LA VIE SANS DIEU (1.2-11)
En face d'un mur sale, le peintre
doit commencer par le décaper s'il veut
que sa peinture puisse tenir. C'est
ainsi que fait l'Ecclésiaste : il débute
son discours (et le poursuit) en
enlevant méthodiquement toutes les
fausses sécurités, toutes les
solutions trompeuses que les hommes se
donnent pour trouver sens à leur vie et
atteindre le bonheur.
"Vanité des vanités, tout est
vanité". Le terme rendu par "vanité"
désigne en hébreu ce qui est futile,
vain, passager, telle une buée. La vie
de l'homme est décrite de cette manière,
notamment en Job 7.7-16. L'expression
entière dans l'Ecclésiaste pourrait être
rendue en français pas le superlatif :
"la plus grande des vanités".
L'auteur va ainsi directement au but
puisqu'il commence par ce qui sera sa
conclusion (12.8). En fait, c'est la
confiance du lecteur qui vit sa vie sans
Dieu qu'il veut ébranler. Il dira bientôt
pourquoi et comment il est arrivé à
cette déduction.
N.B. il y a plusieurs manières d'être
athée : on peut l'être de façon
philosophique ou théorique (en prétendant
: "Dieu n'existe pas") ou de
façon pratique (en se disant : "Qu'importe
que Dieu existe : il ne s'occupe pas de
nous et nous n'avons pas à nous soucier
de lui"). Dans le vécu, cela
revient au même. Il semble que ce soit
d'ailleurs cette deuxième attitude que
l'Ecclésiaste a en vue (cp. l'indifférence,
le matérialisme et la superficialité
de nos contemporains "croyants mais
pas pratiquants").
Le thème de la vanité de la vie (et
de toute la création) a été repris
par Paul (Romains 8.20-22) qui ajoute
que :
1. elle est la conséquence du péché
de l'homme qui a introduit la mort dans
le monde
2. qu'elle aura une fin (v.23) grâce
à l'intervention de Jésus-Christ venu
nous racheter de la malédiction par sa
mort et sa résurrection. Le chrétien
attend autre chose que la mort !
Sous le regard de Dieu, la création
est chant de louange pour le Créateur (Psaumes
8 ; 19 et bien d'autres). Si vous éliminez
Dieu, la création devient l'image de la
lassitude humaine.
"Il n'y a rien de nouveau sous
le soleil" (v.9). C'est de nouveau
à partir d'une vision "sans Dieu"
que l'Ecclésiaste affirme une telle
chose. "Sous le soleil", cette
affirmation est pleinement vraie et elle
invite à réfléchir.
Le croyant sait, quant à lui, que
Dieu est souverain, y compris sur
l'histoire des hommes. Le salut offert
par Jésus-Christ, les nouveaux cieux et
la nouvelle terre ... sont des réalités
nouvelles que Dieu a introduites dans
notre histoire.
L'ECHEC DE LA SAGESSE SANS DIEU
(1.12-18)
Salomon est le roi d'Israël qui a
donné à son peuple le rayonnement le
plus grand. Il avait reçu de Dieu le
don de la sagesse (cf. I Rois 3 ; 5) et
on venait de très loin pour entendre sa
sagesse (cf I Rois 10). C'est donc en
connaissance de cause qu'il peut en
parler.
Ici, son propos est de dire que si la
sagesse a de la valeur, elle est néanmoins
incapable de résoudre le problème de
la vie. Il dénonce la sagesse sans Dieu,
avec sa folle prétention à donner une
réponse à tout :
Trois points forts dans son
argumentation :
- même si c'est pénible de réfléchir
sur le sens de la vie, cela fait partie
de notre condition humaine (v.12)
- l'humanité est nécessairement frustrée
(v.14)
- il y aura toujours des problèmes sur
lesquels l'homme n'a aucun pouvoir
(v.15)
L'ECHEC DES PLAISIRS (2.1-11)
L'Ecclésiaste montre maintenant que
la recherche des plaisirs est incapable
d'étancher la soif spirituelle de
l'homme. Dans ce domaine également,
Salomon pouvait prétendre à une expérience
crédible. Il savait de quoi il parlait
et l'Ecclésiaste ne nous prive pas des
détails (le vin, le travail, les
grandes réalisations, le statut social,
le train de vie, le sexe, la richesse,
la puissance ...).
Avec le recul, il est obligé de
constater que tout ceci non plus, n'a
pas rempli son coeur comme il l'espérait.
LA CERTITUDE DERNIERE (2.12-23)
La perspective de la mort "la
grande niveleuse" apparaît
maintenant. Non seulement, nos efforts
apparaissent comme inutiles car ils ne
seront pas suivis comme il se doit. En
effet, il n'y a pas de continuité
durable dans ce domaine (où sont les
sept merveilles du monde ?). En plus, la
vie apparaît même comme cruelle et
injuste.
A méditer
Quand on quitte le domaine du "sous
le soleil" parce que Dieu entre
dans notre vie, la vanité de
l'existence fait place à la joie et à
la satisfaction profonde.
Qu'est-ce qui change entre le message de
l'Ecclésiaste et un verset comme I
Corinthiens 15.58 ?
NOTES
Le décapage fait toujours mal ; mais
il est absolument nécessaire. Celui qui
veut s'en passer finira toujours par
s'en mordre les doigts. L'illusion ne
dure qu'un instant.
Idem pour la conversion à Jésus-Christ.
On ne reçoit bien Jésus dans sa vie
que lorsqu'on s'est débarrassé de
toutes ses impuretés. (image de la
bouteille sale qui ne peut accueillir du
lait qu'à condition d'avoir été
auparavant vidée et nettoyée de ses
impuretés).
Vivre sous le regard de Dieu (2.24 -
3.22)
Plus que tout autre, le roi Salomon a
pu s'offrir ce qui n'arrête pas de
faire courir les hommes depuis que le
monde est monde : la puissance et
l'argent, la sagesse et la folie, le
plaisir et la renommée ... Il ne s'est
rien refusé.
On aurait pu croire que cet homme
serait le plus heureux de toute la terre.
Pas du tout ! Son regard de "terrien"
sur les différents fantasmes des hommes
est terrible : tout espoir d'une
existence qui vaut la peine d'être vécue
s'est évanoui car la sagesse et la
richesse ont échoué, les plaisirs également.
De plus, il constate que tous les
efforts des hommes ne peuvent ni se
conserver ni se transmettre. A quoi cela
sert-il donc ? Il en résulte un profond
désespoir de l'homme sans Dieu.
LA VIE PAR LA FOI (2.24-26)
C'est une nouvelle section qui
commence où Dieu est maintenant pris en
compte. La première partie du livre
montrait les limites des efforts humains
sans Dieu, Dieu apparaît maintenant
comme la source de la sagesse, de la
connaissance et de la joie.
Dans cette section, l'humanité est même
appelée à jouir du monde créé. Ces
affirmations, apparemment
contradictoires avec celles qui ont précédé,
les complètent plutôt car une même réalité
n'apparaît pas comme identique selon
qu'on la regarde dans la pénombre ou
avec la lumière qui vient d'En Haut.
L'Ecclésiaste choisit maintenant de
diriger nos regards vers Celui qui
ordonne toutes choses.
"Manger, boire et faire jouir
son âme" (2.24) n'est pas une
invitation à la licence ou à la luxure.
L'Ecclésiaste évoque les joies simples
et naturelles de la vie et nous invite
au contentement (cp. I Timothée 4.4 ;
6.6-8). Ces plaisirs, qui n'ont pas à
devenir le but de la vie, sont des
cadeaux de Dieu qu'il faut apprécier.
L'Ecclésiaste fait ici écho au récit
de la création qui dit à plusieurs
reprises que ce que Dieu a créé est
bon (Genèse 1.3, 26, 31) et est source
de joie pour l'homme (Genèse 2.9 cp. I
Timothée 4.4)
LA PROVIDENCE DE DIEU (3.1-15)
Ce texte est sans doute le plus connu
de l'Ecclésiaste ; et comme souvent
dans pareil cas, utilisé à bien des
sauces différentes. Selon certains,
l'Ecclésiaste se sentirait désespéré,
prisonnier d'un certain fatalisme, d'une
roue qui tourne inexorablement. Pour
d'autres, ce texte sert à justifier le
fait de ne jamais pouvoir trouver le
temps de faire ce qu'ils devraient
faire, alors qu'ils n'arrêtent pas de
courir. Ce n'est pas ce que dit l'Ecclésiaste.
Les quatorze paires de verbes qui résument
la vie des hommes (versets 2 à 8) sont
là pour témoigner que Dieu a une
totale souveraineté sur chaque moment
de notre existence. Si les saisons de la
vie se succèdent sans que nous n'ayons
de réel pouvoir sur elles, elles n'échappent
pas à Dieu : c'est une garantie à la
fois d'humilité et de sécurité pour
le croyant car il fait confiance au Dieu
qui "fait toute chose belle en son
temps" (3.11).
Ces 28 différentes activités décrites
nous invitent aussi à considérer la
richesse d'une vie (N.B. 4 X 7)) qui est
faite d'une grande variété. Il faudra
pouvoir apprécier chaque chose au
moment où elle se présente. C'est là
un secret de sagesse et de bonheur.
v.11 "Dieu a implanté au tréfonds
de l'être humain le sens de l'éternité".
Seul l'homme, au sein de la création, réfléchit
sur son origine et sur sa destinée.
Intuitivement, il sait que quelque chose
dépasse sa situation immédiate. Même
s'il ne peut sortir des limites que lui
impose sa condition humaine, il est
capable de concevoir un "au-delà".
N.B. Notre conscience de Dieu
appartient à notre nature humaine telle
que Dieu l'a créée ; sa perte ou sa détérioration
est la conséquence de notre péché (Romains
1. 18-21).
v.12. Quand nous voyons les réalités
terrestres avec Dieu pour auteur et
donateur, celles-ci prennent une toute
autre couleur !
L'Ecclésiaste affirme maintenant que
l'homme peut goûter au bonheur et le
susciter. Même le travail, dur labeur,
(v.13) peut susciter la joie.
LE JUGEMENT DE DIEU (3.16-22)
Les hommes sont semblables aux
animaux par leur composition et leur
fragilité (ils sont faits de la poussière
de la terre et leur vie ne tient qu'à
un souffle). Ils sont cependant différents
entre eux quant à leur destin. L'homme
n'est pas qu'un "singe nu". A
sa mort, son souffle "monte en
haut".
Il est dommage que l'homme moderne
ait bien de la peine à retenir en même
temps ces deux aspects de lui-même. Sa
ressemblance à l'animal l'invite à
l'humilité nécessaire, sa différence
d'avec la bête le conduit à ne pas
sous¨estimer sa dignité (et celle de
ses semblables).
TRES IMPORTANT ET A MEDITER
Quand l'Ecclésiaste parle le langage
de la foi en Dieu, il demeure cependant
incomplet bien qu'il soit juste et
pertinent. Ses différentes déclarations
doivent être nécessairement appréciées
à la lumière du Nouveau Testament si
nous voulons avoir une vision totale de
l'ensemble de la Révélation de Dieu
pour nous.
Que vous inspire par exemple la
comparaison entre Ecclésiaste 3.22 et
Apocalypse 14.13 ?
Voyez-vous d'autres textes du Nouveau
Testament qui peuvent éclairer ou compléter
l'Ecclésiaste ?
EN PARCOURANT L'ECCLESIASTE
Le livre de l'Ecclésiaste n'hésite
pas à revenir plus d'une fois sur un même
sujet en le prenant sous des angles variés,
un peu comme un peintre qui procède par
touches successives pour composer son
tableau.
La "vérité" d'un
commentaire sera donc toujours liée à
la capacité de rendre compte de
l'ensemble du livre et pas seulement
telle phrase ou assertion particulière
qui s'y trouve.
Ce qui est vrai du livre de l'Ecclésiaste
l'est aussi de la Bible considérée
comme un tout, même si elle est composée
de 66 livres assez différents de par
leurs auteurs, leur style ... ou le
contexte dans lequel ils ont été écrits.
Selon le principe de l'analogie de la
foi (Romains 12.6) un livre biblique
s'interprète aussi à la lumière des
autres éléments de la révélation
divine et en cohérence avec eux (II
Pierre 1.21).
C'est ce que nous allons faire pour
quelques uns des thèmes abordés par
l'Ecclésiaste.
L'INVITATION A LA PRUDENCE (4.17 -
5.6)
L'Ecclésiaste dénonce la légèreté
des hommes à qui il peut arriver
d'oublier, lorsqu'ils prient (ou qu'ils
parlent de Dieu), qu'ils s'adressent à
quelqu'un qui les dépasse de beaucoup
et à qui ils doivent un respect absolu.
Il vaudra mieux être circonspect que
bavard. Dieu, lui, entend tout et se
souvient de tout !
"Dieu est au ciel" est
moins une indication géographique que
l'affirmation pour Dieu d'une nature
différente de la nôtre : il nous
transcende. Jésus semblait avoir ce
texte à la pensée lorsqu'il s'est
exprimé sur la prière en Matthieu
6.7-13.
En nous apprenant à dire "Notre
Père qui es au cieux", Jésus nous
dévoile dans un même mouvement non
seulement la proximité de notre Dieu
mais aussi sa grandeur insondable qui le
rend fondamentalement différent de nous.
L'amour, selon la Bible, s'il est
incompatible avec la peur, ne supprime
pas le respect et l'obéissance dus à
Dieu (I Jean 4. 16-19 ; Jean 14.14).
LA DENONCIATION DE TOUTE PROPRE
JUSTICE (7. 15-22)
En y regardant de plus près, l'Ecclésiaste
ne nous demande pas de renoncer à une
conduite la plus juste possible, bien au
contraire. Par contre, il nous invite à
ne pas mettre notre confiance ou nous
complaire dans une prétendue justice
personnelle.
Le verset 20 (qui peut se comparer à
I Rois 8.46) se trouve au coeur du
message évangélique qui dit avec force
le besoin pour tout homme d'un Sauveur.
Le Nouveau Testament part de
l'universalité du péché qui atteint
tout homme (mais aussi tout l'homme)
pour dire notre besoin de grâce, de
pardon et de salut (cp. Romains 3 par
exemple). On est aux antipodes de la
"foi en l'homme" prônée par
certains, au nom d'une vision déformée
du message évangélique (cp. Jérémie
17, 9, 10).
LA LUCIDITE DEVANT LA MORT (9.2,3)
La mort, terme de la vie, est un thème
qui sera repris à la fin du livre mais
nous pouvons noter d'ores et déjà la
manière dont elle est envisagée.
N.B. l'Ecclésiaste ne nie pas
l'existence d'un au-delà (cf. 3.21 ;
12.7). Ce qu'il dit, c'est que l'on ne
peut pas jouir rétrospectivement de la
vie terrestre une fois que celle-ci est
terminée.
La mort n'est pas considérée ici
comme un phénomène naturel (cp les
gens qui disent pourtant en face de la
mort : "c'est la vie !" comme
s'ils voulaient se consoler de cette
manière). Comme dans toute la Bible,
elle est une ennemie, entrée dans
l'humanité à cause du péché de
l'homme. Cette réalité est haïssable.
Elle a été vaincue par Jésus.
Par sa résurrection d'entre les
morts, Jésus apporte une dimension
encore inconnue de l'Ecclésiaste. Elle
est le gage de notre propre résurrection
; désormais "l'aiguillon de la
mort" est mis hors d'état de nuire
(I Corinthiens 15.56). Le chrétien n'a
plus peur : ni du néant, ni du jugement.
A MEDITER ET A LIRE
Les chapitres 11 et 12 constituent
comme une sorte d'appel final de l'Ecclésiaste.
Les interpréter à la lumière du
Nouveau Testament n'enlèvera rien, une
fois de plus, à leur réalisme nécessaire
à entendre.
POUR CONCLURE
Jeune et moins jeune, jouis de la
vie (11. 7-10) *
* Certaines éditions
de la Bible n'ont que 8 versets pour le
chapitre 11 parce qu'elles font débuter
le chapitre 12 plus tôt (d'où un décalage
de 2 versets).
L'Ecclésiaste a plusieurs fois répété
dans son livre que notre vie "sous
le soleil" était dominée par la
vanité. Cependant, ici comme ailleurs,
il insiste pour que nous cherchions à
profiter et apprécier les jours agréables
qui nous sont donnés : c'est la volonté
de Dieu pour nous.
Après avoir décrit la bonne
attitude à adopter pour celui qui pense
vivre longtemps, l'Ecclésiaste
s'attarde sur la jeunesse. Aux uns et
aux autres, il recommande de vivre
l'instant présent. En effet, si le
jeune a tendance à vouloir se projeter
dans l'avenir (les enfants souhaitent
souvent "devenir plus grands"
parce qu'ils pensent que ce sera mieux),
le vieillard, quant à lui, se met à
regretter son passé, comme si tout y était
meilleur et plus facile.
L'Ecclésiaste, lui, nous invite à
apprécier chacune de nos journées,
quel que soit notre âge et notre
condition : voilà une marque de sagesse.
Aux jeunes, l'Ecclésiaste recommande
de "mordre la vie à belles
dents", de profiter de leur
jeunesse, de goûter à toutes les joies
qui s'offrent à eux tout en étant
conscients des jours plus difficiles (et
de la fin) qui ne manqueront pas
d'arriver, tôt ou tard. Il ne s'agit
pas pour autant de foncer tête baissée
dans n'importe quel plaisir possible car
Dieu jugera toutes nos actions (verset
9). Il y a des plaisirs qui sont purs,
il y en a d'autres qui salissent. Le
jeune homme est invité à chercher la
vraie joie ; elle est toujours en accord
avec Dieu.
Bien loin d'être un trouble-fête,
Dieu veut être celui qui donne sens et
profondeur à tous nos moments de
bonheur. L'attitude de Jésus à Cana
(Jean 2) en est une belle illustration.
Souviens-toi de ton Créateur
(12.1-10)
"Se souvenir" dans la
Bible, n'est pas seulement "ne pas
oublier", c'est aussi "tenir
compte" (cp. 1. Samuel 1.19). C'est
en quelque sorte un appel à la consécration
joyeuse à Dieu aussi tôt que possible
que l'Ecclésiaste nous lance. Nous
n'aurons pas ainsi à regretter au soir
de la vie de ne pas l'avoir fait plus tôt
et d'avoir ainsi perdu un temps aussi précieux
qu'irrécupérable. L'homme ne doit pas
seulement regarder à son bien-être
mais aussi à son Créateur.
Ce texte est un des plus beaux joyaux
littéraires de l'humanité avec des
images jamais égalées pour décrire le
lent processus du vieillissement et de déclin
de notre corps. Les métaphores employées
peuvent s'entendre de plusieurs manières,
toutes bien suggestives. On voit généralement
dans les gardiens de la maison, les bras
(qui tremblent de plus en plus). Les
hommes vaillants semblent désigner les
jambes (qui plient désormais sous
l'effort), celles qui doivent moudre
sont les dents (de moins en moins
nombreuses), ceux qui regardent par la
fenêtre sont les yeux (qui voient moins
en moins bien) ...
L'image est interrompue pour un temps
au verset 5 : la personne âgée craint
ce qui est élevé et redoute les
voyages, le moindre poids devient un
fardeau insupportable. L'amandier qui
fleurit décrit la chevelure grisonnante,
puis argentée. La câpre (ou les épices
?) qui n'a plus d'effet semble se référer
à la perte d'appétit.
La raison de cette lente et difficile
dégradation nous est donnée à la fin
du verset 5 : "l'homme s'en va vers
sa demeure d'éternité". Le
processus et l'issue sont irréversibles
; la tristesse humaine (signifiée par
les pleureuses) ne fait qu'ajouter à
l'impuissance de l'homme devant sa fin.
L'acte final de la mort est décrit
poétiquement par quatre expressions
qu'on peut regrouper en deux paires : le
globe en or qui se brise et le cordon
d'argent qui se détache (l'image
illustre la valeur de la vie et le drame
de la fin d'une existence dont les
morceaux ne pourront plus jamais être réunis).
La seconde paire (le seau qui se rompt
et la roue qui se casse dans la citerne)
évoque la dégradation irrémédiable
du système.
Vient ensuite la description plus
"théologique" de la mort : le
corps humain retourne à la poussière
d'où il a été tiré (cp. Genèse
3.19) et son esprit (en hébreu :
souffle et esprit sont un même mot)
retourne à Dieu qui l'a donné (Genèse
2.7).
Epilogue (12. 9-14)
Cet épilogue n'a pas seulement
valeur d'éloge du livre et de son
auteur (versets 9 et 10). Il indique
aussi (verset 11) le but poursuivi par
l'Ecclésiaste : nous stimuler à la réflexion
et à vivre en tenant compte de Dieu (l'image
de l'aiguillon qui sert à faire avancer
les boeufs) et nous ancrer solidement
dans une voie droite et stable (l'image
du clou, ou plutôt du pieu, avec lequel
on maintenait la tente bien solidement).
Il rappelle que même si l'Ecclésiaste
a beaucoup réfléchi pour nous apporter
ce livre, c'est sous l'inspiration de
Dieu qu'il l'a écrit (verset 11).
L'avertissement à ne rien ajouter (verset
12) est comparable à celui qu'on trouve
à la fin d'autres livres bibliques (notamment
Apocalypse 22.18).
Il termine finalement en résumant le
message essentiel du livre : "Crains
Dieu et observe ses commandements ...
(cp. 3.14 ; 7.18 cp. II Corinthiens 7.1)
car Dieu fera venir toute oeuvre en
jugement au sujet de tout ce qui est
caché, soit bien, soit mal".
La crainte du Seigneur, n'est-elle
pas le commencement de la sagesse ? (Proverbes
9.10)
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