Home Page Contact-us Formation Email Etudes Biblique
Ministries of the Great Commission : Sermons
 RESSOURCES
23. Jonas
 
 


SUJETS BIBLIQUES

 

L'ECCLESIASTE

INTRODUCTION

L'Ecclésiaste est un livre qui n'a pas vraiment d'équivalent dans la Bible. Par plusieurs de ses aspects, il est unique, même s'il s'inscrit parfaitement dans la cohérence de la rélévation divine.

Il fait partie de la section des "Ecrits" (la première section de la Bible hébraïque étant la Thora et la seconde les Prophètes) à côté des livres des Psaumes, des Proverbes, du Cantique des Cantiques, de Job ... mais il s'en distingue par son caractère unique de "sagesse pessimiste". Un tel genre littéraire existait cependant déjà ailleurs dans l'orient ancien (Egypte, Babylone, Grèce, Perse ...).

L'auteur

Des points de vue contradictoires ont été émis quant à son auteur et à sa date de composition. Pour les uns, il s'agit nécessairement du roi Salomon, fils de David. Pour d'autres, il s'agirait d'un livre nettement postérieur. Nous observerons quant à nous, que beaucoup d'éléments dans le texte lui-même évoquent ce grand roi d'Israël qui a porté son peuple à l'apogée de sa puissance (cp. 1.1,12) mais il faut remarquer en même temps que Salomon n'est pas nommé en tant que tel par le livre et que l'auteur parle tantôt à la première personne ("je" : 1.12 et beaucoup d'autres) tantôt à la troisième personne, ("il" 1.1,2 ; 7.27 ; 8.14) comme s'il évoquait la sagesse d'un autre que lui (Salomon) auquel il fait référence et dont il est le disciple. Ce serait ainsi la sagesse de Salomon qu'il retransmet fidèlement.

La question d'auteur est moins importante qu'il n'y paraît lorsqu'on reconnaît la portée résolument universelle du livre ... et que c'est Dieu qui en est l'auteur réel, utilisant la sagesse et la réflexion d'un de ses enfants.

D'où vient le mot "Ecclésiaste"

Le terme est unique dans la Bible et n'a pas d'équivalent exact dans la littérature juive. Il est la traduction, via le grec, de l'hébreu "Qahal" (ce qui explique la transcription pure et simple opérée par certaines versions qui "traduisent" par le mot "Qohelet"). Ce mot hébreu évoque le rassemblement ou le regroupement. Il est donc probable que Qohelet soit un nom qui signifie "celui qui réunit une assemblée pour lui parler". Certaines versions ont aussi traduit "le Maître".

L'objectif de l'Ecclésiaste

L'énigme qui entoure l'Ecclésiaste ne vient pas seulement de son nom. Une lecture rapide du livre nous amène à constater bon nombre de contradictions internes apparentes et des prises de position changeantes.

Certains en ont conclu bien vite à une pluralité d'auteurs qui se seraient relus et corrigés successivement. Il nous semble préférable de constater que l'Ecclésiaste, prend tour à tour deux regards différents dans son livre. Le premier est celui de "Monsieur tout le monde" qui réfléchit et constate lucidement la réalité des choses "sous le soleil" (vision déstabilisante mais réaliste de l'existence). Le second est celui du croyant qui sait que Dieu donne sens à la vie de celui qui tient compte de lui(vision de foi).

La clé de l'interprétation du livre est ainsi de voir que l'auteur se met à la portée de son lecteur potentiel pour l'amener à réfléchir sur le (non) sens de sa vie et du monde en général, afin de l'amener ensuite à Dieu.

Il est significatif que l'Ecclésiaste n'utilise jamais dans son livre le nom propre de Dieu ("Jahweh" le Nom d'alliance de Dieu avec son peuple), et que la mention d'Israël est réduite au minimum (1.12). Idem pour "la loi" de Dieu(12.13).

Avant l'apôtre Paul, lorsque celui-ci s'adressera au monde païen de son époque (Actes 17), l'Ecclésiaste part des réalités humaines directement observables par tout le monde pour conduire progressivement notre réflexion vers Dieu.

Le livre de l'Ecclésiaste est ainsi un excellent outil à utiliser pour l'évangélisation, afin d'amener les gens à prendre conscience de la futilité de leur vie si celle-ci n'est pas ancrée en Dieu.

Bien entendu, ce livre unique appelle et prépare le message de l'Evangile, qui est indispensable pour connaître Dieu personnellement.

SUGGESTION POUR MIEUX PROFITER DE L'ETUDE

Lire le livre de l'Ecclésiaste en entier en repérant les mots et expressions clés qu'il utilise le plus couramment : "vanité" (34 fois), "sous le soleil" (30 fois) Dieu (38 fois) et aussi "coeur" (30 fois) et "sage" ou "sagesse" (une cinquantaine de fois).

Il est étonnant de repérer les sections ou les deux premiers mots sont les plus employés (vanité et sous le soleil) et celles où "Dieu" apparaît le plus souvent.

Vous pourrez mieux l'observer en soulignant ces mots avec des crayons de couleur différente.

Où trouver le bonheur ? (1.1 - 2.23)

Les différents plans du livre de l'Ecclésiaste que les auteurs modernes ont présentés ont bien de la peine à se ressembler. C'est que, même si l'Ecclésiaste suit une certaine progression, il ne le fait pas à la manière occidentale.

Plutôt donc que de forcer la pensée de l'auteur en essayant de l'enfermer dans un schéma qui lui était étranger, nous allons suivre sa pensée au fur et à mesure de son texte.

L'ECHEC DE LA VIE SANS DIEU (1.2-11)

En face d'un mur sale, le peintre doit commencer par le décaper s'il veut que sa peinture puisse tenir. C'est ainsi que fait l'Ecclésiaste : il débute son discours (et le poursuit) en enlevant méthodiquement toutes les fausses sécurités, toutes les solutions trompeuses que les hommes se donnent pour trouver sens à leur vie et atteindre le bonheur.

"Vanité des vanités, tout est vanité". Le terme rendu par "vanité" désigne en hébreu ce qui est futile, vain, passager, telle une buée. La vie de l'homme est décrite de cette manière, notamment en Job 7.7-16. L'expression entière dans l'Ecclésiaste pourrait être rendue en français pas le superlatif : "la plus grande des vanités".

L'auteur va ainsi directement au but puisqu'il commence par ce qui sera sa conclusion (12.8). En fait, c'est la confiance du lecteur qui vit sa vie sans Dieu qu'il veut ébranler. Il dira bientôt pourquoi et comment il est arrivé à cette déduction.

N.B. il y a plusieurs manières d'être athée : on peut l'être de façon philosophique ou théorique (en prétendant : "Dieu n'existe pas") ou de façon pratique (en se disant : "Qu'importe que Dieu existe : il ne s'occupe pas de nous et nous n'avons pas à nous soucier de lui"). Dans le vécu, cela revient au même. Il semble que ce soit d'ailleurs cette deuxième attitude que l'Ecclésiaste a en vue (cp. l'indifférence, le matérialisme et la superficialité de nos contemporains "croyants mais pas pratiquants").

Le thème de la vanité de la vie (et de toute la création) a été repris par Paul (Romains 8.20-22) qui ajoute que :

1. elle est la conséquence du péché de l'homme qui a introduit la mort dans le monde

2. qu'elle aura une fin (v.23) grâce à l'intervention de Jésus-Christ venu nous racheter de la malédiction par sa mort et sa résurrection. Le chrétien attend autre chose que la mort !

Sous le regard de Dieu, la création est chant de louange pour le Créateur (Psaumes 8 ; 19 et bien d'autres). Si vous éliminez Dieu, la création devient l'image de la lassitude humaine.

"Il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (v.9). C'est de nouveau à partir d'une vision "sans Dieu" que l'Ecclésiaste affirme une telle chose. "Sous le soleil", cette affirmation est pleinement vraie et elle invite à réfléchir.

Le croyant sait, quant à lui, que Dieu est souverain, y compris sur l'histoire des hommes. Le salut offert par Jésus-Christ, les nouveaux cieux et la nouvelle terre ... sont des réalités nouvelles que Dieu a introduites dans notre histoire.

L'ECHEC DE LA SAGESSE SANS DIEU (1.12-18)

Salomon est le roi d'Israël qui a donné à son peuple le rayonnement le plus grand. Il avait reçu de Dieu le don de la sagesse (cf. I Rois 3 ; 5) et on venait de très loin pour entendre sa sagesse (cf I Rois 10). C'est donc en connaissance de cause qu'il peut en parler.

Ici, son propos est de dire que si la sagesse a de la valeur, elle est néanmoins incapable de résoudre le problème de la vie. Il dénonce la sagesse sans Dieu, avec sa folle prétention à donner une réponse à tout :

Trois points forts dans son argumentation :
- même si c'est pénible de réfléchir sur le sens de la vie, cela fait partie de notre condition humaine (v.12)
- l'humanité est nécessairement frustrée (v.14)
- il y aura toujours des problèmes sur lesquels l'homme n'a aucun pouvoir (v.15)

L'ECHEC DES PLAISIRS (2.1-11)

L'Ecclésiaste montre maintenant que la recherche des plaisirs est incapable d'étancher la soif spirituelle de l'homme. Dans ce domaine également, Salomon pouvait prétendre à une expérience crédible. Il savait de quoi il parlait et l'Ecclésiaste ne nous prive pas des détails (le vin, le travail, les grandes réalisations, le statut social, le train de vie, le sexe, la richesse, la puissance ...).

Avec le recul, il est obligé de constater que tout ceci non plus, n'a pas rempli son coeur comme il l'espérait.

LA CERTITUDE DERNIERE (2.12-23)

La perspective de la mort "la grande niveleuse" apparaît maintenant. Non seulement, nos efforts apparaissent comme inutiles car ils ne seront pas suivis comme il se doit. En effet, il n'y a pas de continuité durable dans ce domaine (où sont les sept merveilles du monde ?). En plus, la vie apparaît même comme cruelle et injuste.

A méditer
Quand on quitte le domaine du "sous le soleil" parce que Dieu entre dans notre vie, la vanité de l'existence fait place à la joie et à la satisfaction profonde.
Qu'est-ce qui change entre le message de l'Ecclésiaste et un verset comme I Corinthiens 15.58 ?

NOTES

Le décapage fait toujours mal ; mais il est absolument nécessaire. Celui qui veut s'en passer finira toujours par s'en mordre les doigts. L'illusion ne dure qu'un instant.

Idem pour la conversion à Jésus-Christ. On ne reçoit bien Jésus dans sa vie que lorsqu'on s'est débarrassé de toutes ses impuretés. (image de la bouteille sale qui ne peut accueillir du lait qu'à condition d'avoir été auparavant vidée et nettoyée de ses impuretés).

Vivre sous le regard de Dieu (2.24 - 3.22)

Plus que tout autre, le roi Salomon a pu s'offrir ce qui n'arrête pas de faire courir les hommes depuis que le monde est monde : la puissance et l'argent, la sagesse et la folie, le plaisir et la renommée ... Il ne s'est rien refusé.

On aurait pu croire que cet homme serait le plus heureux de toute la terre. Pas du tout ! Son regard de "terrien" sur les différents fantasmes des hommes est terrible : tout espoir d'une existence qui vaut la peine d'être vécue s'est évanoui car la sagesse et la richesse ont échoué, les plaisirs également. De plus, il constate que tous les efforts des hommes ne peuvent ni se conserver ni se transmettre. A quoi cela sert-il donc ? Il en résulte un profond désespoir de l'homme sans Dieu.

LA VIE PAR LA FOI (2.24-26)

C'est une nouvelle section qui commence où Dieu est maintenant pris en compte. La première partie du livre montrait les limites des efforts humains sans Dieu, Dieu apparaît maintenant comme la source de la sagesse, de la connaissance et de la joie.

Dans cette section, l'humanité est même appelée à jouir du monde créé. Ces affirmations, apparemment contradictoires avec celles qui ont précédé, les complètent plutôt car une même réalité n'apparaît pas comme identique selon qu'on la regarde dans la pénombre ou avec la lumière qui vient d'En Haut.

L'Ecclésiaste choisit maintenant de diriger nos regards vers Celui qui ordonne toutes choses.

"Manger, boire et faire jouir son âme" (2.24) n'est pas une invitation à la licence ou à la luxure. L'Ecclésiaste évoque les joies simples et naturelles de la vie et nous invite au contentement (cp. I Timothée 4.4 ; 6.6-8). Ces plaisirs, qui n'ont pas à devenir le but de la vie, sont des cadeaux de Dieu qu'il faut apprécier.

L'Ecclésiaste fait ici écho au récit de la création qui dit à plusieurs reprises que ce que Dieu a créé est bon (Genèse 1.3, 26, 31) et est source de joie pour l'homme (Genèse 2.9 cp. I Timothée 4.4)

LA PROVIDENCE DE DIEU (3.1-15)

Ce texte est sans doute le plus connu de l'Ecclésiaste ; et comme souvent dans pareil cas, utilisé à bien des sauces différentes. Selon certains, l'Ecclésiaste se sentirait désespéré, prisonnier d'un certain fatalisme, d'une roue qui tourne inexorablement. Pour d'autres, ce texte sert à justifier le fait de ne jamais pouvoir trouver le temps de faire ce qu'ils devraient faire, alors qu'ils n'arrêtent pas de courir. Ce n'est pas ce que dit l'Ecclésiaste.

Les quatorze paires de verbes qui résument la vie des hommes (versets 2 à 8) sont là pour témoigner que Dieu a une totale souveraineté sur chaque moment de notre existence. Si les saisons de la vie se succèdent sans que nous n'ayons de réel pouvoir sur elles, elles n'échappent pas à Dieu : c'est une garantie à la fois d'humilité et de sécurité pour le croyant car il fait confiance au Dieu qui "fait toute chose belle en son temps" (3.11).

Ces 28 différentes activités décrites nous invitent aussi à considérer la richesse d'une vie (N.B. 4 X 7)) qui est faite d'une grande variété. Il faudra pouvoir apprécier chaque chose au moment où elle se présente. C'est là un secret de sagesse et de bonheur.

v.11 "Dieu a implanté au tréfonds de l'être humain le sens de l'éternité". Seul l'homme, au sein de la création, réfléchit sur son origine et sur sa destinée. Intuitivement, il sait que quelque chose dépasse sa situation immédiate. Même s'il ne peut sortir des limites que lui impose sa condition humaine, il est capable de concevoir un "au-delà".

N.B. Notre conscience de Dieu appartient à notre nature humaine telle que Dieu l'a créée ; sa perte ou sa détérioration est la conséquence de notre péché (Romains 1. 18-21).

v.12. Quand nous voyons les réalités terrestres avec Dieu pour auteur et donateur, celles-ci prennent une toute autre couleur !

L'Ecclésiaste affirme maintenant que l'homme peut goûter au bonheur et le susciter. Même le travail, dur labeur, (v.13) peut susciter la joie.

LE JUGEMENT DE DIEU (3.16-22)

Les hommes sont semblables aux animaux par leur composition et leur fragilité (ils sont faits de la poussière de la terre et leur vie ne tient qu'à un souffle). Ils sont cependant différents entre eux quant à leur destin. L'homme n'est pas qu'un "singe nu". A sa mort, son souffle "monte en haut".

Il est dommage que l'homme moderne ait bien de la peine à retenir en même temps ces deux aspects de lui-même. Sa ressemblance à l'animal l'invite à l'humilité nécessaire, sa différence d'avec la bête le conduit à ne pas sous¨estimer sa dignité (et celle de ses semblables).

TRES IMPORTANT ET A MEDITER

Quand l'Ecclésiaste parle le langage de la foi en Dieu, il demeure cependant incomplet bien qu'il soit juste et pertinent. Ses différentes déclarations doivent être nécessairement appréciées à la lumière du Nouveau Testament si nous voulons avoir une vision totale de l'ensemble de la Révélation de Dieu pour nous.

Que vous inspire par exemple la comparaison entre Ecclésiaste 3.22 et Apocalypse 14.13 ?

Voyez-vous d'autres textes du Nouveau Testament qui peuvent éclairer ou compléter l'Ecclésiaste ?

EN PARCOURANT L'ECCLESIASTE

Le livre de l'Ecclésiaste n'hésite pas à revenir plus d'une fois sur un même sujet en le prenant sous des angles variés, un peu comme un peintre qui procède par touches successives pour composer son tableau.

La "vérité" d'un commentaire sera donc toujours liée à la capacité de rendre compte de l'ensemble du livre et pas seulement telle phrase ou assertion particulière qui s'y trouve.

Ce qui est vrai du livre de l'Ecclésiaste l'est aussi de la Bible considérée comme un tout, même si elle est composée de 66 livres assez différents de par leurs auteurs, leur style ... ou le contexte dans lequel ils ont été écrits. Selon le principe de l'analogie de la foi (Romains 12.6) un livre biblique s'interprète aussi à la lumière des autres éléments de la révélation divine et en cohérence avec eux (II Pierre 1.21).

C'est ce que nous allons faire pour quelques uns des thèmes abordés par l'Ecclésiaste.

L'INVITATION A LA PRUDENCE (4.17 - 5.6)

L'Ecclésiaste dénonce la légèreté des hommes à qui il peut arriver d'oublier, lorsqu'ils prient (ou qu'ils parlent de Dieu), qu'ils s'adressent à quelqu'un qui les dépasse de beaucoup et à qui ils doivent un respect absolu. Il vaudra mieux être circonspect que bavard. Dieu, lui, entend tout et se souvient de tout !

"Dieu est au ciel" est moins une indication géographique que l'affirmation pour Dieu d'une nature différente de la nôtre : il nous transcende. Jésus semblait avoir ce texte à la pensée lorsqu'il s'est exprimé sur la prière en Matthieu 6.7-13.

En nous apprenant à dire "Notre Père qui es au cieux", Jésus nous dévoile dans un même mouvement non seulement la proximité de notre Dieu mais aussi sa grandeur insondable qui le rend fondamentalement différent de nous. L'amour, selon la Bible, s'il est incompatible avec la peur, ne supprime pas le respect et l'obéissance dus à Dieu (I Jean 4. 16-19 ; Jean 14.14).

LA DENONCIATION DE TOUTE PROPRE JUSTICE (7. 15-22)

En y regardant de plus près, l'Ecclésiaste ne nous demande pas de renoncer à une conduite la plus juste possible, bien au contraire. Par contre, il nous invite à ne pas mettre notre confiance ou nous complaire dans une prétendue justice personnelle.

Le verset 20 (qui peut se comparer à I Rois 8.46) se trouve au coeur du message évangélique qui dit avec force le besoin pour tout homme d'un Sauveur. Le Nouveau Testament part de l'universalité du péché qui atteint tout homme (mais aussi tout l'homme) pour dire notre besoin de grâce, de pardon et de salut (cp. Romains 3 par exemple). On est aux antipodes de la "foi en l'homme" prônée par certains, au nom d'une vision déformée du message évangélique (cp. Jérémie 17, 9, 10).

LA LUCIDITE DEVANT LA MORT (9.2,3)

La mort, terme de la vie, est un thème qui sera repris à la fin du livre mais nous pouvons noter d'ores et déjà la manière dont elle est envisagée.

N.B. l'Ecclésiaste ne nie pas l'existence d'un au-delà (cf. 3.21 ; 12.7). Ce qu'il dit, c'est que l'on ne peut pas jouir rétrospectivement de la vie terrestre une fois que celle-ci est terminée.

La mort n'est pas considérée ici comme un phénomène naturel (cp les gens qui disent pourtant en face de la mort : "c'est la vie !" comme s'ils voulaient se consoler de cette manière). Comme dans toute la Bible, elle est une ennemie, entrée dans l'humanité à cause du péché de l'homme. Cette réalité est haïssable. Elle a été vaincue par Jésus.

Par sa résurrection d'entre les morts, Jésus apporte une dimension encore inconnue de l'Ecclésiaste. Elle est le gage de notre propre résurrection ; désormais "l'aiguillon de la mort" est mis hors d'état de nuire (I Corinthiens 15.56). Le chrétien n'a plus peur : ni du néant, ni du jugement.

A MEDITER ET A LIRE

Les chapitres 11 et 12 constituent comme une sorte d'appel final de l'Ecclésiaste. Les interpréter à la lumière du Nouveau Testament n'enlèvera rien, une fois de plus, à leur réalisme nécessaire à entendre.

POUR CONCLURE

Jeune et moins jeune, jouis de la vie (11. 7-10) *

* Certaines éditions de la Bible n'ont que 8 versets pour le chapitre 11 parce qu'elles font débuter le chapitre 12 plus tôt (d'où un décalage de 2 versets).

L'Ecclésiaste a plusieurs fois répété dans son livre que notre vie "sous le soleil" était dominée par la vanité. Cependant, ici comme ailleurs, il insiste pour que nous cherchions à profiter et apprécier les jours agréables qui nous sont donnés : c'est la volonté de Dieu pour nous.

Après avoir décrit la bonne attitude à adopter pour celui qui pense vivre longtemps, l'Ecclésiaste s'attarde sur la jeunesse. Aux uns et aux autres, il recommande de vivre l'instant présent. En effet, si le jeune a tendance à vouloir se projeter dans l'avenir (les enfants souhaitent souvent "devenir plus grands" parce qu'ils pensent que ce sera mieux), le vieillard, quant à lui, se met à regretter son passé, comme si tout y était meilleur et plus facile.

L'Ecclésiaste, lui, nous invite à apprécier chacune de nos journées, quel que soit notre âge et notre condition : voilà une marque de sagesse.

Aux jeunes, l'Ecclésiaste recommande de "mordre la vie à belles dents", de profiter de leur jeunesse, de goûter à toutes les joies qui s'offrent à eux tout en étant conscients des jours plus difficiles (et de la fin) qui ne manqueront pas d'arriver, tôt ou tard. Il ne s'agit pas pour autant de foncer tête baissée dans n'importe quel plaisir possible car Dieu jugera toutes nos actions (verset 9). Il y a des plaisirs qui sont purs, il y en a d'autres qui salissent. Le jeune homme est invité à chercher la vraie joie ; elle est toujours en accord avec Dieu.

Bien loin d'être un trouble-fête, Dieu veut être celui qui donne sens et profondeur à tous nos moments de bonheur. L'attitude de Jésus à Cana (Jean 2) en est une belle illustration.

Souviens-toi de ton Créateur (12.1-10)

"Se souvenir" dans la Bible, n'est pas seulement "ne pas oublier", c'est aussi "tenir compte" (cp. 1. Samuel 1.19). C'est en quelque sorte un appel à la consécration joyeuse à Dieu aussi tôt que possible que l'Ecclésiaste nous lance. Nous n'aurons pas ainsi à regretter au soir de la vie de ne pas l'avoir fait plus tôt et d'avoir ainsi perdu un temps aussi précieux qu'irrécupérable. L'homme ne doit pas seulement regarder à son bien-être mais aussi à son Créateur.

Ce texte est un des plus beaux joyaux littéraires de l'humanité avec des images jamais égalées pour décrire le lent processus du vieillissement et de déclin de notre corps. Les métaphores employées peuvent s'entendre de plusieurs manières, toutes bien suggestives. On voit généralement dans les gardiens de la maison, les bras (qui tremblent de plus en plus). Les hommes vaillants semblent désigner les jambes (qui plient désormais sous l'effort), celles qui doivent moudre sont les dents (de moins en moins nombreuses), ceux qui regardent par la fenêtre sont les yeux (qui voient moins en moins bien) ...

L'image est interrompue pour un temps au verset 5 : la personne âgée craint ce qui est élevé et redoute les voyages, le moindre poids devient un fardeau insupportable. L'amandier qui fleurit décrit la chevelure grisonnante, puis argentée. La câpre (ou les épices ?) qui n'a plus d'effet semble se référer à la perte d'appétit.

La raison de cette lente et difficile dégradation nous est donnée à la fin du verset 5 : "l'homme s'en va vers sa demeure d'éternité". Le processus et l'issue sont irréversibles ; la tristesse humaine (signifiée par les pleureuses) ne fait qu'ajouter à l'impuissance de l'homme devant sa fin.

L'acte final de la mort est décrit poétiquement par quatre expressions qu'on peut regrouper en deux paires : le globe en or qui se brise et le cordon d'argent qui se détache (l'image illustre la valeur de la vie et le drame de la fin d'une existence dont les morceaux ne pourront plus jamais être réunis). La seconde paire (le seau qui se rompt et la roue qui se casse dans la citerne) évoque la dégradation irrémédiable du système.

Vient ensuite la description plus "théologique" de la mort : le corps humain retourne à la poussière d'où il a été tiré (cp. Genèse 3.19) et son esprit (en hébreu : souffle et esprit sont un même mot) retourne à Dieu qui l'a donné (Genèse 2.7).

Epilogue (12. 9-14)

Cet épilogue n'a pas seulement valeur d'éloge du livre et de son auteur (versets 9 et 10). Il indique aussi (verset 11) le but poursuivi par l'Ecclésiaste : nous stimuler à la réflexion et à vivre en tenant compte de Dieu (l'image de l'aiguillon qui sert à faire avancer les boeufs) et nous ancrer solidement dans une voie droite et stable (l'image du clou, ou plutôt du pieu, avec lequel on maintenait la tente bien solidement).

Il rappelle que même si l'Ecclésiaste a beaucoup réfléchi pour nous apporter ce livre, c'est sous l'inspiration de Dieu qu'il l'a écrit (verset 11).

L'avertissement à ne rien ajouter (verset 12) est comparable à celui qu'on trouve à la fin d'autres livres bibliques (notamment Apocalypse 22.18).

Il termine finalement en résumant le message essentiel du livre : "Crains Dieu et observe ses commandements ... (cp. 3.14 ; 7.18 cp. II Corinthiens 7.1) car Dieu fera venir toute oeuvre en jugement au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal".

La crainte du Seigneur, n'est-elle pas le commencement de la sagesse ? (Proverbes 9.10)